jeudi 28 janvier 2016

Saines lectures #17 : Le végétarisme et ses ennemis de Ronan Larue

Bonjour,

Mon père a un don pour offrir des livres : intéressants, mais toujours un peu ch...difficiles au premier abord. Cela fait bientôt 10 ans que je suis végétarienne, et en jetant un œil au titre du bouquin dont je vous entretiens aujourd'hui je me suis demandé si je n'allais pas me farcir un ramassis de clichés.

Me parler du fait d'être végétarienne est un peu comme de me parler de la météo : c'est en général le sujet de conversation auquel on se raccroche quand on a pas trop grand chose d'autre à raconter. D'autant plus qu'on part toujours du principe que le fait d'être végétarienne relève d'un vice caché, et que je me retrouve très souvent en posture de justification. Comme si ne pas particulièrement apprécier le goût de la chair animale quelle qu'elle soit fait automatiquement de moi une extrémiste tendance verdissante qui assassine le premier carnivore qu'elle croise avec un poireau ou qui lapide les autres à grand renfort de figues molles.

Au premier abord, je me suis dit que ce bouquin avait un risque non négligeable d'être un peu du genre mou du genou. Je m'attendais à une belle collection de clichés et autres poncifs autour de deux variations majeures que sont : "les animaux, ils sont gentils", ou "c'est pas un peu dangereux pour la santé ?".


Depuis 10 ans, je suis confrontée aux mêmes questions. Inlassablement, je répète à chaque personne qui finit par percuter que si je ne mange pas de viande, pas de poisson, pas de fruits de mer ce n'est pas contrainte, mais par choix et que je suis végétarienne. Pas végétalienne. Et que non, du moment qu'elle ne m'agite pas son steak saignant sous le nez on devrait pouvoir terminer le déjeuner. Et que non, ça ne me manque pas ledit steak. Et que non, je n'ai pas de carences parce que le fait de consommer majoritairement des végétaux ne fait pas automatiquement de moi une demeurée. Le plus épuisant, c'est que quel que soit l'horizon de la personne que j'ai en face de moi, j'ai l'impression de me heurter à un mur de bêtise, d'incompréhension et de fermeture d'esprit.

Au début, je finissais par dire "c'est par goût, j'aime pas les petits lapins" - jusqu'à ce que je comprenne que 99% des personnes interrogées n'étaient pas excessivement sensibles à l'ironie et qu'elles prenaient tout ça très au sérieux. Si j'ai commencé par opportunité (2 mois à Londres, et une sacrée trouille de m'empoisonner au bout de 2 jours...), puis par goût (je peux renoncer sans y penser à  tous les lardons de la terre, mais pas au fromage de chèvre), je continue par conviction et par choix.

La lecture de ce bouquin m'a fait le plus grand bien, ça m'a permis de mettre des mots sur des réflexions que j'ai toujours trouvées totalement absurdes. Le fait qu'être végétarienne soit nécessairement "bizarre", "rare" ou de toute évidence problématique. La bonne, ou la mauvaise, nouvelle c'est que les végétariens posent problème aux partisans du carnisme depuis l'antiquité. A voir tout ce que Pythagore a essuyé, je me dis que c'est pas gagné au vu de tous les opposants au végétarisme qui ont voix au chapitre de nos jours.

Le végétarisme et ses ennemis étudie le rapport entre les végétariens/vegans et leurs opposants depuis l'antiquité. J'ai donc appris que Pythagore était végétarien, et qu'à l'époque ça faisait un peu désordre de ne pas participer aux sacrifices sanglants destinés à honorer les dieux.
Le chapitre suivant sur "Le dieu omnivore" est probablement le chapitre qui m'a le plus marquée, car il explore le lien entre religion et pratiques alimentaires. Là où aujourd'hui tout le monde ne s'interroge plus sur pourquoi il n'y a que du poisson à la cantine le vendredi, j'y vois maintenant un reliquat d'interprétations de textes divers et variés selon lesquels les poissons vivant dans l'eau, leur chair ne peut pas être considérée comme trop impure et qu'ils représentent donc une alternative "maigre" idéale pour la mortification. You-pie.
La renaissance, et l'apparition des animaux "de compagnie" est un début de tournant qui va ensuite se ramifier de différentes façons dans le temps. Toutes les époques y passent, et on en arrive à nos contemporains - qui parfois sans en être conscients ont intégré des construits sociaux selon lesquels il faut manger de la viande pour être en bonne santé. Héritage direct des sportifs du Ve siècle.

Ethique, remise en question de la vision homini-centrique (excusez du néologisme), écologie, cause animale, tout est évoqué.Je ne me suis jamais trop penchée sur les aspects environnementaux de la pèche ou de l'élevage, mais le peu de paragraphes traitant du sujet m'ont fait froid dans le dos.

C'est un livre qui fait du bien quand il infuse. Le tout dans un ton que j'ai trouvé parfaitement neutre et factuel, sans jamais prendre partie pour l'une ou l'autre des "causes" en présence, et en mobilisant un corpus de textes variés. J'apprécie tout particulièrement le fait que la thèse sous-jacente du livre est "pourquoi les végétariens dérangent" plutôt que "soyez un meilleur humain, devenez végétarien". L'absence de jugement de valeur est pour le coup tout à fait agréable, et est vraiment la condition sine qua non au fait que ce livre puisse s'adresser à un public large (ie : pas que les végétariens de la place).

Si jamais vous avez envie de briller en société, ou alimenter une conversation qui dépasse les pâquerettes, je vous recommande chaudement cette 17e saine lecture !

- Playne.



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