dimanche 22 septembre 2013

Sunday brunch #1 : l'esprit de compétition

Bonjour !

A l'heure où certains se réveillent ou reviennent du sport, d'autres comme moi sont devant leur écran à tapoter de leurs petits doigts un essai académique assis sur leur canapé, un océan de paperasserie autour d'eux. Enfin, j'imagine que c'est comme ça que le monde se divise ce dimanche matin.
J'ai décidé d'inaugurer pour ma troisième note de blog (la trinité, ça se fête, non ?) ma première catégorie. Sunday brunch, donc. Des trucs qu'on aimerait peut être le dimanche matin, pour avoir un débat intéressant entre les oeufs brouillés et le café. Ou juste parce que c'est un moment globalement calme, que j'ai toujours trouvé propice à la cogitation.
Aujourd'hui, l'inspiration m'est venue en faisant une pause de mes papiers académiques.

Je viens de lire un papier sur le mode d'évaluation des consultants, et les stratégies qu'on peut avoir pour vivre dans le modèle du "up or out". En gros, la pyramide est finie et rigide, on ne peut pas rester junior toute sa carrière, on peut monter à un poste de consultant senior, mais ensuite ça se gâte. Logiquement, si on est en haut de la pyramide, on fait tout pour s'y maintenir. Pour y arriver, c'est donc mission impossible. Il y a donc un moment où on sort de la boite de conseil pour continuer sa carrière, c'est dans les grandes lignes le modèle du "up or out". Pour que le modèle marche, il faut que la base de la pyramide soit très large. Donc qu'on puisse avoir des méthodes pour détecter les "top performers", les gens qui travaillent le mieux, et les faire monter.
Après avoir lu ce papier, pour faire une pause, j'ai regardé une vidéo d'une "youtubeuse beauté", comme on dit dans le jargon. Ladite vidéo était une vidéo "mise au point" où elle vide son sac et remet les pendules à l'heures de personnes qui ont non seulement la critique facile, mais aussi ce qui me semble être une intention de nuire passablement virulente.

Quel est le point commun ? A part peut-être le fait que je semble avoir des centres d'intérêts diversifiés ?
L'esprit de compétition. Valorisé par les cabinets étudiés dans le papier que je lisais - remis en question et critiqué dans la vidéo.
Cette mentalité de vouloir écraser l'autre. Gagner. Surpasser l'autre. Arriver premier. Avoir la meilleure école, le meilleur conjoint, la plus belle voiture, la plus grande maison, la montre la plus chère, ...etc.
Pour pouvoir se comparer aux autres en sachant qu'on est reconnus comme meilleurs. Qu'il s'agisse de l'image que nous souhaitons renvoyer au monde extérieur, notre alter ego professionnel, nos camarades de classe ou notre famille.
J'ai eu la chance d'avoir été élevée et éduquée dans une famille aimante, où mes envies et mes projets ont toujours été considérés et soutenus. Ma mère attends toujours mon one woman show ou mon best seller, et ma grand mère que je prépare le concours de l'ENA ceci dit. J'ai passé des concours, fait une classe préparatoire,et ai été formée dans deux grandes écoles.
On m'a donc appris à appréhender le monde extérieur avec cette dimension de compétition sous jacente, et j'ai fini par en craquer une fois. Des mois de thérapie, un an de break et de longues introspections plus tard, j'ai réussi à percuter que j'avais intégré des contraintes extérieures, que j'avais amplifiées toute seule.

Ce fameux esprit de compétition, je crois que je n'y crois plus et qu'il ne me réussit pas.
Pas en tant que valeur positive en tout cas. Et j'estime qu'avoir de l'ambition, c'est un peu différent. Puisque dans la compétition, il ne peut en rester qu'un. Le meilleur, le plus fort, le premier sur la ligne d'arrivée. Il n'y a pas de place pour le collectif là dedans.
Dans ma vie personnelle, je suis une fervente amatrice de jeux de société et de jeux de rôle. Dans les deux cas, je ne joue pas souvent pour gagner. L'intérêt reste pour moi le moment, l'échange qu'on peut avoir, le jeu reste un prétexte et pas une fin en soi.
Dans mon domaine professionnel on se préoccupe régulièrement de la "gestion des talents". Et là où le bât blesse, c'est qu'il n'existe pas à ma connaissance une définition universellement partagée de la chose, puisque chaque entreprise a sa définition du talent. Dans de nombreux cabinets de conseil, celui qui a du talent a avant tout un esprit de compétition. Dans d'autres organisations, on affirme haut et fort que tout le monde a du talent, mais que certains pourront être amenés à progresser plus rapidement que d'autres.
J'aime bien regarder ce que dit le Trésor de la Langue Française quand j'ai un doute. Du talent unité de mesure, on est passés de "Disposition donnée, aptitude, capacité physique ou intellectuelle pour réussir en quelque chose" à "Aptitude, capacité particulière, habileté, naturelle ou acquise, pour réussir en société et dans une activité donnée". Bim, un saut conceptuel.
Si on regarde la définition de la compétition, ça donne ça : "Lutte, rivalité simultanée de plusieurs personnes ou groupes de personnes dans la poursuite d'un même but.". Soit. Avoir l'esprit de compétition, c'est donc se battre pour un but que d'autres souhaitent aussi atteindre.Je n'ai juste pas réussi à trouver lequel est réellement partagé par tout le monde. 
Etrangement avoir beaucoup d'argent, un beau conjoint aux dents blanches, des enfants parfaits, un travail que tout le monde vous envie ne garantit pas à mon sens qu'on vous apprécie, que vous soyez satisfaits de ce que vous avez, et tout simplement heureux.
D'un point de vue purement organisationnel, une organisation qui marche à la compétition finit par en payer les conséquences d'un point de vue humain. Je vous épargne les explications fastidieuses sur la question.

Si on est un talent, est ce qu'on le reste ? Et est ce que la pression qui va subitement arriver (puisque voyez-vous en général si vous êtes un talent, vous devez avoir un poste de X à tel moment de votre carrière, pour pouvoir avoir un poste de Y dans 5 ans, puis un poste de chef à plume France dans 10, puis un poste de chef avec encore plus de plumes Europe dans 15, ...etc.) en vaut la peine ? 
Se battre pour avoir le meilleur temps du marathon est-il un objectif de vie ? Je n'en suis pas convaincue - que l'esprit de compétition soit la seule voie à suivre, puisque de ce que j'en sais c'est la solidarité et l'entraide qui finissent par en prendre un coup dans l'aile. 
Pour pouvoir être meilleure que mon voisin, quel intérêt j'ai à l'aider si ça ne me rapporte rien et que, ô malheur, la chose que je lui apprend peut le rendre meilleur que moi ? 
Mettez ça à l'échelle d'une société, ça pique je trouve. 

Sur ce, je retourne me plonger dans mes papiers, et je vous souhaite un bon brunch (en musique s'il vous plaît !)

Cordialement,

Playne. 

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