Un deuxième brunch du dimanche, avec une thématique un peu inhabituelle pour la femme des cavernes que je suis.
Aujourd'hui c'était toast, oeufs brouillés et épinards. Avec une orange pressée et un thé "Bonne humeur". Rien que ça, mais je doute que ça vous fascine terriblement.
J'ai lu il y a peu un papier sur les vertus de la routine (si, si vous avez bien lu). Plutôt rigolo, puisque la routine est en général considérée comme quelque chose de négatif, de rébarbatif, un truc sans trop de variété qu'on fait sans trop se poser de question.
Et pourtant. On parle de routine de soin dans le domaine de la beauté, et paradoxalement dans celui de la poterie aussi.
Pour faire un bol japonais en laque par exemple. Ce n'est qu'au bout d'un certain nombre d'années qu'on peut maîtriser la routine adéquate pour faire le geste parfait. Sans cette routine, sans cette habitude impossible d'avoir la qualité adéquate.
Être un habitué, c'est d'après mon trésor favori : "Celui, celle qui se rend de manière régulière et fréquente dans un même lieu, chez une même personne."
Compliqué d'être un habitué. Le devenir, c'est déjà un sacré challenge.
Prenez un bar par exemple. Devenir un habitué implique beaucoup de choses : avoir sa place (la mienne est au bout du bar, sur le 2e tabouret, un peu à gauche du poteau), avoir sa boisson, et avoir ses contacts. Pouvoir aller dans ledit bar seul et avoir nécessairement quelqu'un à qui parler : le, ou les, barman (barmen). Du coup, ça semble totalement évident, il faut être pote avec le barman.
Certains jobs du genre impliquent nécessairement d'être aimables, ou à défaut sympathique, savoir faire beaucoup de calcul mental, et de gérer plein de choses en même temps : les andouilles qui ne savent pas boire qui crient comme des poulets sans tête, le crétin qui cherche les embrouilles, le type qui va vomir partout, et les autres qui s'ammassent autour du bar en gueulant pour avoir un verre.
Dur de sympathiser dans ces conditions, de toute évidence.
L'habitude, c'est presque comme l'usage en droit du travail. Trois critères : fixité, constance, répétition dans le temps. Être un habitué, c'est avant tout le lien social. Reprenons le bar. Hier soir, le barman s'est étonné que je ne prenne pas mon Greenpeace habituel.
Fixité, constance, répétition. Et pourtant, je ne suis pas juriste.
Quand on va dans un endroit nouveau, on les repère tout de suite. Pas les juristes, les habitués. Comme si l'endroit leur appartenait, ils sont à l'aise comme un poisson dans l'eau. Cette manière usuelle de se sentir ou d'être, qui est tout à fait propre à l'habitué.
Sauf que. Car il y a un mais. Être un habitué, ça implique de sortir de chez soi. Ou alors, c'est possible, mais vous devenez un habitué du service de livraison de nouilles sautées du coin et vous commandez toujours le menu 3 avec un supplément brocolis. Et pour ça, il ne faut pas avoir la trouille d'aller nouer des interactions avec de parfaits inconnus. Et donc de sortir de sa zone de confort, se mettre en danger quelque part, parce qu'on est pas à l'abri d'une bonne surprise.J'essaie d'énumérer tous les types d'habitudes, et je suis certaine que j'en oublie (vous saviez que j'aimais faire des catégories ?). On parle parfois d'habitudes de célibataire, et c'est un truc qui a tendance à me faire grincer des dents. Puisque c'est toujours quelque chose de négatif, qui renvoie à quelque chose d'égoïste et de solitaire. Alors que de s'étaler partout chez soi, de faire ce qu'on veut quand on le veut et de manger des chips pour le dîner si on veut, je ne vois pas où est le problème.
Sur ce, puisque je n'ai pas envie d'aller rédiger des papiers trop sérieux, je vous propose de militer pour l'habitude. Puisqu'il suffit de créer les conditions pour qu'elle arrive...
Soyons des habitués de ce qui nous fait du bien, des lieux sympathiques où on sait ce que vous buvez avant même que vous ayez eu besoin de le demander, de la pâtisserie du coin où l'éclair au chocolat est le meilleur. Voilà,
Et surtout, bon dimanche.
Cordialement,
Playne.
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