mercredi 18 décembre 2013

La distance intime.



Bonjour,
Si vous êtes francilien comme moi, il y a une forte chance que vous preniez régulièrement – sinon quotidiennement – les transports en commun. Le métro ou le bus ont une particularité : on y est très souvent à distance intime d’illustres inconnus. Je m’explique : la distance intime, c’est une distance plus ou moins variable selon les personnes. Culturellement, dans les pays Nordiques elle est importante et plus on va vers le Sud, plus elle se restreint.

A titre d’exemple, ma distance intime est énorme. Et j’ai la chance de travailler avec quelqu’un originaire du Sud. Je vous laisse imaginer à quel point je suis à l’aise quand on se penche par-dessus mon épaule pour regarder quelque chose sur mon ordinateur, quand on me passe un bras devant, ou quand on s’accoude à mon bureau. Inutile de vous dire que ça me crispe affreusement. Mon périmètre de sécurité est au moins égal à la longueur de mon bras, et j’ai toujours un mouvement de rejet quand on me souffle de l’air dans les cheveux. Particulièrement quand on a mangé un sandwiche au thon. 

Toutes mes excuses si c’était le menu de votre déjeuner.


Je vous laisse maintenant imaginer ce que mes références quasi nordiques peuvent donner dans les transports en commun. C’est simple, je rêve de monter dans toutes les hiérarchies de la terre pour pouvoir me déplacer en taxi ou mieux encore dans une voiture avec chauffeur.
En attendant, je prends le bus et le métro tous les matins. Le bus, en général – ça passe. Majoritairement parce que je prends le bus pour quelques trois stations et que je n’ai en général pas trop d’aventures (à part quand les bus décident de jouer aux auto-tamponneuses entre eux). Dans le métro par contre, on observe tout un panel de stratégies de protection.
Contre le bruit d’abord : le monde se divise en trois. Ceux qui ont des bouchons d’oreille, ceux qui tirent une tronche d’enterrement quand le violoniste monte dans la rame, et ceux qui ont un casque vissé sur les oreilles.
Contre les autres : il y a ceux qui s’effondrent dans les places assises au péril de leur vie, et qui font mine de dormir pour éviter de croiser le regard d’une femme enceinte ou d’une personne âgée ; ceux qui restent ostensiblement debout avec l’air de dire « si tu me pousses, je te découpe en tranchette », ceux qui bloquent les strapontins ou les allées… 


Par contre, personne ne se parle. Personne ne se regarde. Tout le monde s’est juste matérialisé au même endroit et au même moment dans la rame. Il y a deux écoles : ceux qui regardent quelque chose en particulier (leur téléphone, leur livre, leur journal) et qui s’isolent donc des autres ; et ceux qui regardent la porte (ou le trajet de la ligne au dessus de la porte) comme si ça allait faire passer le supplice plus rapidement. 

J’ai sur mon manteau le badge de Proxijeux, qui était hier partiellement caché par mon écharpe. La personne debout à 15 cm de moi essayait de lire le badge, quitte à s’en créer un strabisme. Urbaine que je suis, je dégage le badge de l’écharpe pour en faciliter la lecture. Réaction immédiate : on rougit, on détourne le regard avant de descendre à la station suivante pour changer de rame (pas de bol, on descendait finalement à la même station). J’avais commis l’irréparable. Accepter la présence de l’autre et initier une forme de contact. 

Dangereux comme affaire, on pourrait créer du lien social ! 

Sur ce, bons moments de grâce dans le métro.

Cordialement,

Playne.

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