mardi 8 avril 2014

La maigritude.

Bonjour,

Après, la bravitude, la maigritude. Oui, le néologisme est nécessaire car on est vraiment au delà du concept de la minceur. Car la maigritude, c'est avant tout une affaire de posture.
Un exemple à la fois triste et amusant.
Une jeune femme fait un malaise au travail. Branle-bas de combat, on appelle le pompier de la tour, les sauveteurs d'étage s'agitent un peu comme des mouches (avec un vol aléatoire donc), on rapatrie un pouf pour que la demoiselle se vautre plus confortablement.
Étant donné que, normalement, tomber dans les vapes en allant chercher un papier à la photocopieuse n'a rien d'anodin; la situation inquiète.
Brève de couloir.
"Vous avez mangé quelque chose ce matin ?"
"Oui. Du pain azyme et trois cafés".
Effectivement, rien de surprenant. Comme on dit "c'est la faute à la maigritude". Ce genre de standards à la noix qui font qu'une femme parfaitement normale est par définition grosse. Je ne sais pas trop s'il faut pencher du côté du retour en enfance (un genre de syndrôme de Peter Pan appliqué aux personnes souffrant de troubles alimentaires tels que l'anorexie), mais plus je regarde plus je me dis que la majorité des femmes que je croise dans un milieu professionnel ne sont pas particulièrement en bonne santé. Le constat vaut aussi pour les hommes, même si j'ai l'impression que c'est plutôt l'effet inverse de la chemise qui craque sur le ventre et du pantalon qui remonte que j'ai pu constater.
A y regarder de plus près, la plupart de mes collègues grignotent. Et rien d'enthousiasmant. Pas de biscuits au chocolat, de meringues, ou de petites brioches au chocolat (à part de rares exceptions) mais des gâteaux hyper protéinés, du pain azyme, des sortes de choses vaguement croquantes sans sel, sans gras, sans goût. Tout en texture, un peu comme si on croquait dans une fine tranche de flocons d'avoine nature. Gustativement, ce n'est pas terrible. Et en termes de valeurs nutritionnelles, ce n'est pas franchement engageant non plus (farine + eau, en quelque sorte).

Cette obsession de la minceur, qui fait qu'on se retrouve avec des genoux plus gros que les cuisses ça me laisse franchement pantoise. Comment est ce qu'on peut décemment se sentir bien dans sa peau, et dans son corps quand ce dernier donne tous les signes d'alertes dont il dispose ?
Sans aller jusqu'à la pathologie, parce que ça existe aussi, cette relation un peu privation/récompense (une fois qu'on a perdu les kilos tant désirés) me pose question.
De considérer le corps et l'esprit comme deux objets distincts, c'est déjà un début de piste d'explication certainement. En attendant, si on connaît les ravages de la malnutrition je n'ai pas le sentiment que ça inquiète mortellement les adeptes du "une salade verte nature sans sauce du régime dukan s'il vous plaît".
Sur le papier, c'est bien, en pratique quand on affame son corps - il s'adapte et se met donc en mode "stockage maximum, l'hiver sera rude"...et on entretient le cycle privation/récompense.

Se dire "pas le temps de déjeuner, je vais juste manger un yaourt." "j'ai de quoi tenir, j'ai des bonbons" ou "je vais juste boire du thé" c'est mettre le doigt dans un mauvais engrenage. J'entends ça à peu près 15 fois par jour, au travail, dans la rue, au téléphone...au bout d'un moment ça frise la secte. Un peu comme, à l'inverse, manger un gâteau parce qu'on l'a sous le nez, ou finir son assiette de frites alors qu'on a fondamentalement plus faim.

L'équilibre, c'est toujours une grande affaire... Mais si on y regarde de plus près on a deux moyens d'arriver à ce qui permet d'être en bonne santé : les intrants (comme en agriculture) et l'output. En gros : ce qui fait gagner de l'énergie et ce qui en dépense. C'est sûr que de passer une journée à faire le couch potato n'est pas aussi demandeur en énergie que 8h de marathon, mais à rythme de vie sédentaire équivalent c'est certainement facile de se laisser entraîner dans un extrême ou dans l'autre.

Attaquer son corps en voulant le modeler à une image difficilement accessible par les lois de la réalité, mais faciles avec celles des masques photoshop, c'est dommage je trouve.
J'attends avec impatience que le canon de beauté ne soit plus la femme tringle, armée de sa maigritude qui manque de vie.

Sur ce, bon dîner (et n'oubliez pas les légumes aussi) !

Playne.



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