Un bien joli mot, hein ?
Pour une raison qui m'échappe, c'est la nouvelle marotte en entreprise. Il faut faire du projet transverse, faire de la transversalité ... Et si on en regarde la définition, ça ne veut pas nécessairement dire grand chose en pratique.
Regrouper plusieurs disciplines ou plusieurs services, à moins de travailler dans une entreprise organisée en services parfaitement hermétiques, c'est plutôt fréquent.
La fréquence et la profondeur des interactions est bien évidemment à géométrie variable. Mais la transversalité, c'est à mon sens avant tout une affaire de coopération.
S'il n'y a pas d'intérêt pour chacun des collaborateurs à coopérer avec son voisin et à travailler sur un projet collectif, il n'y a à peu près aucune raison que ça marche. L'exemple-type est classique : on veut développer le travail en équipe, et chacun a un objectif personnel (de jour travaillés, de nombre de pièces produites, de tout ce que vous voulez) qui n'intègre pas de dimension collective (participation aux projets transverses, nombre de jours alloués au partage de connaissances, etc.).
Évidemment, dans les faits, chacun travaille dans son coin sans réfléchir à ce que travailler en équipe peut apporter. Non seulement, à court terme c'est parfois un peu idiot (pour peu que son voisin ait déjà travaillé sur le sujet), mais à long terme ça implique que toutes les compétences développées au sein de l'entreprise sont perdues quand les personnes partent.
Ce genre de problématique est particulièrement sensible dans le secteur dans lequel je travaille, où le temps est nécessairement compté, et où le taux de turnover fait qu'une compétence rare a tout intérêt à être transférée rapidement.
Quelque chose que je trouve plutôt amusant c'est qu'on semble redécouvrir totalement la question. Un peu comme on se rend compte que de travailler 24h/24 a des effets sur la santé, ce qui fait qu'on peut se retrouver avec ce genre de dépliants joint à sa fiche de paie :
J'aimerais bien que ça soit un gros gag, mais malheureusement c'est vrai. Le dépliant vient même avec une carte détachable avec les numéro utilisables 24h/24. Doum, di doum.
Avec la transversalité, c'est pareil. On se rend compte que de coller autour d'une problématique plusieurs personnes ayant des idées différentes sur la question, avec des sensibilités propres, bizaremment ça crée des synergies entre les compétences des uns et des autres. Un peu comme si l'entreprise redécouvrait en permanence la roue, en somme.
Le plus énervant dans l'affaire, c'est que ce genre de problématique novatrice (oui, oui, le bon sens est une espèce en voie de disparition) est instrumentalisée et vidée de sa substance. Je m'explique. Au lieu de résoudre le fond du problème (personne n'a intérêt de façon systémique à travailler avec l'autre) on va chercher à agir sur des effets. A long terme, ce genre de façon d'aborder la question n'est pas nécessairement la plus pertinente, vous vous en doutez.
Parce qu'à moins d'être totalement réfractaire à l'idée du partage, globalement on a envie d'aller vers l'autre parce qu'on sait qu'on peut s'enrichir personnellement ou professionnellement à son contact. Alors si considérer les échanges informels à la machine à café comme du temps perdu, c'est la norme, c'est qu'on pense assez peu le collectif dans sa richesse : capable de travailler ensemble et d'arriver à cette fameuse transversalité si convoitée.
C'était mon premier billet d'humeur, je crois !
Sur ce, bonne fin de journée,
Playne.
jeudi 6 mars 2014
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